Histoire de la Corse

Un article de Encyclopaedia Germanica.

Jump to: navigation, search

Sommaire

Domination phénicienne

La population primitive de la Corse doit probablement son origine aux grandes expéditions phéniciennes. Aleria, ville située en face de l'Italie, et dont on voit envore aujourd'hui les ruines, fut le premier établissement des Phéniciens sur l'île.

Chassés de leur patrie par les armes de Cyrus, dans la deuxième moitié du sixième siècle avant l'ère chrétienne, les Phocéens se réfugièrent dans le nord de la Corse, où depuis vingts ans ils avaient déjà une colonie. Les Phéniciens voulurent les en expulser; ils s'unirent à cet effet aux Etrusques et aux Carthaginois, et les Phocéens, vaincus dans une grande bataille navale, et obligés de quitter l'île, se partagèrent en deux corps, dont l'un fonda Vélie (Reggio), et l'autre Marseille.

Domination romaine

260 ans plus tard environ, les Romains portèrent en Corse leurs armes victorieuses, et s'emparèrent d'Aleria sans donner à leur aggression auncun autre prétexte que la crainte de voir cette place importante tomber aux mains des Carthaginois. Les Corses étaient dès lors, comme aujourd'hui, une nation indomptable et passionnée pour la liberté. Ils parvinrent à se soustraire momentanément du joug des Romains; mais ceux-ci parvinrent presque immédiatement à reprendre Aleria. La conquête de la Corse fut une des plus difficiles qu'aient accomplies les Romains et la lutte, qui dure près d'un siécle, nécéssita huit expéditions consécutives et fut achevée par le consul Scipion Nasica.

Les Romains établirent en Corse deux grandes colonies près des embouchures du Golo et du Tavignano. Mariana, la premiére de ces colonies, fut fondé par Marius, d'où lui vint son nom. Aleria, sur le Tavignano, fut rebâtie par Sylla qui lui laissa son ancienne dénomination. La population de la première de ces villes devaient être de 25 à 30.000 habitants; celle de la seconde, de 35 à 40.000. Sous la domination romaine, la Corse renferma, selon le témoignage de Pline, 33 villes, dont 27 seulement sont mentionnées par Strabon.

La prospérité de la Corse s'éteignit avec l'Empire Romain. Conduits par Genséric, les Vandales la ravagèrent vers le milieu du 5è siècle. Les Goths et les Lombards leur succédèrent. Mais la Corse que soutenait l'empereur d'Orient, résista vigoureusement à ces diverses irruptions; les envahisseurs ne purent rester dans l'île, et leur conquête momentanée ne doit être signalée que comme un accident.

Domination franque

La Corse resta donc entre les mains des empereures d'Orient jusqu'à la dernière moitié du 8è siècle, où Charlemagne, qui venait de conquérir la Lombardie, la leur enleva, comme un poste dangereux par sa proximité de l'Italie. Avant d'entreprendre la conquête de l'île de Corse, l'empereur franc en avait fait don au pape; il lui la remit donc: mais comme celui-ci n'était pas en état de la défendre contre les Sarrasins, elle resta sous la protection immédiate de l'empereur d'Occident, représenté par un gouverneur.

La terre de commune

Sous les successeurs de Charlemagne, la Corse subit le joug féodal, comme presque toute l'Europe; mais elle prit part, dès le 11è siècle, au soulèvement des communes. La partie orientale, s'étant révoltée contre la tyrannie des seigneurs, se choisit des chefs, qu'elle nomma caporaux (caporali), et s'organisa sous le nom de terre de commune, en une sorte de république fédérative. Sambucuccio fut le héros de ce mouvement populaire qui ne s'étendit pas à la partie occidentale de l'île, restée toute entière sous le joug des barons. Malheureusement, l'organisation communale ne dura pas longtemps en Corse.

Administration par les évêques de Pise

En 1077, lassés de guerres civiles, les Corses défèrent au pape Grégoire VII la souveraineté de leur île, conformément à l'ancienne donation de Charlemagne; et cette donation et sa reconnaissance par les Corses forment un point capital de leur histoire. Grégoire VII ne voulut pas se charger de l'administration de la Corse; il en donna l'investiture aux évêques de Pise, en se réservant la moitié des impôts.

En 1091, les évêques de Pise obtinrent du pape Urbain II, moyennant une simple redevance, la possession pleine et entière de la Corse. Cet accroissement de la République de Pise excita la jalousie de Gênes, et après de longues négociations, la pape décida, pour rétablir l'équilibre, que la moitié des évêchés de la Corse relèverait de l'évêque de Gênes, tandis que l'autre moitié resterait soumis à celui de Pise. C'est de cette manière que commença en Corse la domination génoise.

Domination génoise

La lutte entre Pise et Gênes ne tarda pas à se déclarer en Corse. Gênes commença l'aggression en s'emparant de Bonifacio sous un vain prétexte. Cet acte de violence fut suivi de plusieurs affaires, et en 1284 une grande bataille navale, que perdirent les Pisans, fut le signal de leur expulsion définitive; ils durent bientôt après quitter l'île, où les Génois s'emparèrent de toutes les positions importantes. Alors le pape revendiqua son droit de souveraineté sur la Corse, et il l'offrit en don au roi Alphonse d'Aragon. Ce roi en fut chassé par les Génois; il revint; puis enfin les Corses, privés de l'appui de Pise, divisés entre eux et impatients du joug de ce prince, s'assemblèrent en diète nationale, et déférèrent, d'un commun accord, la souveraineté de leur île à la République de Gênes.

Rédigé en 1347, l'acte de cession fut envoyé à Gênes par quatre délégués de la diète, et accepté par le chef de la république, qui jura d'en observer fidèlement toutes les clauses. Cet acte portait que les Corses s'obligeaient à payer une redevance fixe à Gênes, qui, en échange, s'engageait à maintenir l'ordre dans l'île. La garde des droits et privilèges des Corses était confiée à une assemblée nommée par les insulaires. Un membre de cette assemblée devait résider à Gênes, comme représentant de la nation corse. Aucun impôt nouveau ne pouvait être établi sans le consentement du conseil insulaire. Enfin, le tribunal suprême était composé pour moitié de Corses et de Génois.

Cependant, cet acte ne fut pas fidèlement respecté, et un siècle environ après l'époque qui le vit conclure, Gênes ne possédait plus dans l'île, par suite des guerres presque continuelles que lui avaient attirées ses injustices, que quelques points dont les plus importants étaient Calvi et Bonifacio. Les Espagnols, revenus à la faveur de la guerre civile, occupaient la région ultramontaine et le Fiumorbo; enfin, presque toute la Terre de commune se trouvait aux mains de la famille des Campo-Fregosa, Génois qui, en ayant fait la conquête pour leur propre compte, vers l'an 1440, en avait obtenu donation du pape en 1448.

Les Corses voyaient qu'en définitive, ils ne pouvaient compter ni sur le pape, ni sur Pise, si sur Gênes, ni sur les Espagnols; ils se réunirent en assemblée nationale, et résolurent de donner la souveraineté de leur île à la célèbre compagnie de Saint-Georges, formée à Gênes pour aider le gouvernement dans ses expéditions. Mais en 1460, mécontents de leurs nouveaux maîtres, ils rappelèrent les Campo-Fregosa qui eurent bientôt chassé la compagnie de Saint-Georges de tous les postes qu'elle occupait, et devinrent souverains à sa place.

Souveraineté du duc de Millan

En 1466, la république de Gênes transporta la souveraineté de l'île au duc de Milan, sous la protection duquel elle se mit elle-même. Les Corses abandonnèrent alors les Campo-Fregosa, et se soumirent à ce nouvel arrangement; mais dès 1480 le duc de Milan, las de gouverner des insulaires sans cesse en insurection, les céda aux Campo-Fregosa. Les Corses ne reconnurent pas cette nouvelle donation, et en 1483, ils se donnèrent au prince de Piombino. Les Campo-Fregosa se retirèrent en vendant leurs droits à la compagnie de Saint-Georges et le comte de Piombino dut, en 1485, abandonner l'île, dont cette compagnie resta maîtresse souveraine.

Première invasion française

La Corse devint un moment la conquête de la France sous Henri II; mais cette puissance n'était pas assez forte pour la garder. Cette conquête ne dura guère et le traité de Cateau-Cambrésis remit, en 1559, la Corse aux mains de ses anciens possesseurs.

Joug génois

Un des héros de la Corse, Sampiero d'Ornano, tint en échec pendant plus de dix ans, sur le territoire de l'île, la république de Gênes qui finit pourtant par triompher. Les Corses, vaincus, ne purent plus participer en aucune sorteau gouvernement de leur pays. Les Génois régnèrent seuls, et la population insulaire sembla proscrite sur le territoire de l'île. Les charges administratives et judiciaires devinrent un objet de trafic, et on vendit la justice, dont on achetait le sacerdoce à beaux deniers comptants. on ne connut plus dans l'île d'autre droit que celui du plus fort ou celui du plus riche.

Soulèvement contre Gênes

C'est en 1729 que les Corses recommencèrent à se soulever contre Gênes. Le soulevènemt fut d'abord populaire; il éclata parmi les paysans, et eut pour chef un homme du peuple nommé Pompiliani, qui s'empara presque immédiatement de Bastia. Le programme des insurgés étaient court mais explicite: « L'insurrection a pour but, disait Pompiliani dans une proclamation, d'obtenir le redressement des griefs de la nation. Oui, nous avons pris les armes pour obtenir la réhabilitation de notre patrie, la suppression des impôts arbitraires, la réadmission de nos compatriotes aux emplois civils et militaires, ainsi qu'aux dignités ecclésiastiques. Voilà ce que nous demandons, voilà ce que nous exigeons! »

Comme on le voit, les Corses savaient parfaitement ce qu'ils voulaient; par malheur, ils perdirent bien des fois les avantages qu'ils avaient conquis, parce qu'ils crurent encore à la bonne foi des Génois, aui ne manquaient pas de leur faire signer des armistices, en leur promettant de faire droit à leurs demandes, chaque fois qu'ils se voyaient sur le point d'être vaincus.

Une consulte générale de la nation donna pour successeur à Pompiliani, Ceccaldi, membre d'une ancienne famille de l'île, et Luigi Giafferri, qui avait quitté une place qu'il occupait pour entrer dans les rangs des insurgés (1731). Sous ces nouveaux chefs, l'armée corse remporta de nombreuses victoires, dont elle perdut presque tout le fruit dans des négociations où Gênes était aussi sûre d'avoir l'avantage qu'elle était certaine d'être vaincue par les armes.

Théodore 1er

Un des épisodes les plus curieux ce cette longue lutte est sans doute l'éphémére royauté de Théodore. La lutte durait depuis sept années; les Génois s'étaient renforcés de troupes allemandes soldées, et les insulaires n'avaient reçu d'autres secours que quelques munitions envoyées par des Anglais, lorsque le 12 mars 1736, un navire portant pavillon anglais leur apporta, avec de l'argent et des munitions, le baron Théodore-Antoine de Neuhoff. C'était un gentilhomme westphalien; il offrait de se mettre à la tête des insurgés, promettait de chasser promptement les Génois de l'île. Les Corses eurent confiance en lui, ils l'élurent roi de leur île.

Un an après l'inauguration de cette royauté, les Génois, excédés de la guerre qu'ils faisaient en Corse, et déespérant de la finir seuls, demandèrent des secours à la France; et presque en même temps, les insulaires dont le roi voyageait alors sur le continent, en appelaient à la miséricorde de Louis XV et lui demandaient également des secours.

Deuxième invasion française

Une expédition française, comandée par le comte de Boissieux, prit terre en Corse dans l'année 1738; mais ce fut en faveur de Gênes. Elle venait, pour garder, au nom des Génois, les places qui leur restaient. A cette nouvelle, les chefs des insurgés ordonnèrent la levée en masse du tiers de la population en état de porter les armes. Ils résolurent cependant de traiter les Français en amis, autant que ceux-ci ne se montreraient pas hostiles, et ils envoyèrent à Bastia des plénipotentiaires chargés de traiter de la paix.

On en était la quand le roi Théodore arriva sur le rivage d'Aleria avec des forces considérables, qu'il était parvenu à se procurer en Hollande. Mais on espérait arriver à un traité par l'intermédiaire de la France: Théodore fut reçu froidement par les insurgés; le comte de Boissieux se prononça contre lui, les Hollandais se retirèrent, et il dut lui-même abandonner l'île.

Les Corses eurent à se repentir de la confiance qu'ils avaient montré à la France. Le traité portait la réintégration de la Corse sous la domination génoise. La lutte recommença, et cette fois, les Corses en vinrent aux mains avec les Français, qu'ils défirent à Borgo, le 13 décembre 1738, dans une affaire à laquelle ils donnèrent le nom de Vêpres Corses. A partir de ce jour, Louis XV se fit un point d'honneur de soumettre l'île, et pour y arriver il employa la ruse et la force, les armes et la corruption.

Le comte de Boissieux mourut: le marquis de Maillebois, qui lui succéda, s'empara bientôt de la Casinea, contrée fertile qu'il dévasta, du Nebbio et de plusieurs autres parties de l'île, ne laissant aux insurgés que la partie orientale connue sous le nom de pays d'outre-monts, où s'était retranché un neveu du roi Thédore, qui fut obligé de se soumettre vers la fin de l'année 1739. L'île semblait alors pacifiée, et les Français avaient commencé à lui donner une organisation à demi génoise, à demi française, lorsque, l'armée française l'évacuant entièrement en 1741, les Corses se retrouvèrent encore une fois seuls face à face avec les Génois.

Les Corses relevèrent l'étendard de l'insurrection, et, désarmés qu'ils étaient, se jetèrent sur les troupes génoises, les défirent, s'emparèrent de leurs armes, et recommencèrent la guerre. Théodore reparut alors et, secrètement appuyé par plusieurs souverains, il débarqua de nouveau, en 1744, dans ce royaume, qu'il dut bientôt quitter pour n'y plus revenir. La Corse insurgée s'organisa sous trois chefs, qui prirent le nom de protecteurs de la patrie.

Troisième invasion française

Corte et bons nombre d'autres places étaient au pouvoir des insurgés, et les Génois allaient peut-être être définitivement expulsés de l'île en 1748, si la trahison encore et le roi de France ne fussent venus à leur secours. Une escadrille française arriva dans l'île sous les ordres du marquis de Cursay, qui, touché du noble caractère des insulaires, ne tarda pas à s'intéresser profondément à leur sort.

Disgracié pour ce seul fait, il fut remplacé par le général Curcy, dont l'arrivée amena un soulèvement général dans l'île. Les Corses reprirent les places qu'ils avaient confiées à la loyauté du marquis de Cursay et ils élurent pour généralissime un de leurs trois protecteurs, Ghjuvan Petru Gaffori. Gênes résolut la perte d'un homme, dont elle redoutait les vertus autant que le courage, et Gaffori fut assassiné en 1753 par des Corses qu'avait soudoyé le sénat ligurien, et au milieu desquels on voit paraître son propre frère Antoniu Francescu Gaffori, qui, tombant plus tard entre les mains des insurgés, expia sur la roue son fratricide.

Pasquale Paoli

Pasquale Paoli, fils de l'un des anciens chefs des insurgés, fut élu à la place de Gaffori. Il apprit à Naples la nouvelle de son élection, et il arriva immédiatement en Corse, où il débarqua le 29 avril 1755, un an et demi environ après le meurtre de Gaffori. Paoli devait être le dernier des héroïques chefs de la Corse: ce fut le plus grand. Il s'occupa du gouvernement et des moeurs aussi bien que de la guerre.

L'Angleterre auraient bien voulu s'emparer de l'île de Corse; et comme il ne lui restait nul espoir de l'obtenir de Gênes, dont la France avait la première embrassé le parti, elle se rangea du côté de Paoli. On put craindre que sous un prétexte quelconque elle ne s'emparât des forteresses de la côte, et le roi de France, Louis XV envoya le marquis de Castries prendre la garde de ces forteresses au nom des Génois, tout en déclarant que la France comptait rester neutre dans la lutte qui continuait entre les patriotes corses, ayant Paoli à leur tête, et les représentants de la république ligurienne, neutralité dérisoire dont les Corses semblèrent se contenter de crainte de pis.

Quatrième invasion française

En se retirant de l'île en 1759, les Français remirent aux Génois toutes les places qu'ils avaient occupées, et la lutte continua de plus en plus acharnée. Triomphants de toutes parts et déjà armées pour la paix, les patriotes corses allaient définitivement chasser les Génois, lorsque, par un traité secret du 7 août 1764, le roi de France s'engagea à tenir garnison pendant quatre années dans les places de Bastia, d'Ajaccio, de Calvi, d'Algajola et de Saint-Florent, dans le but de faire rentre le peuple corse sous l'obéissance de Gênes, quoique ostensiblement, l'expédition ne fut destinée, comme par le passé, qu'à la garde des places fortes. Le comte de Marbeuf reçut le commandement de cette expédition, qui arriva à Saint-Florent le 17 octobre 1764.

La meilleure intelligence régna, comme par le passé, entre les Français et les insulaires, jusuq'au jour où Louis XV ayant voulu s'interposer comme médiateur, et exiger pour première condition que les Corses reconnussent la domination ligurienne, Paoli refusa d'une manière absolue de traiter sur cette base, et la république de Gênes dut chercher un autre moyen de terminer une guerre plus désastreuse pour elle que pour les insulaires.

Un audacieux coup de main des insurgés enleva à Gênes l'île de Capraja, et c'est alors que, désespérant de mener à bien une guerre qui l'avait épuisée d'hommes et d'argent, la république de Gênes signa, le 15 mai 1768, un nouveau traité, par lequel elle abandonnait la Corse au roi de France, se réservant la faculté de rentrer elle-même en possession de cette île en indemnisant la France des frais énormes que lui avait occasionnés son alliance. La France devrait rendre Capraja à la Gênes, et elle se chargeait de plus de défendre les commerçants génois contre les corsaires insulaires.

Résistance des Corses

Les Corses ne furent appelés en aucune façon à ratifier le traité qu'ils devaient subir. Paoli essaya vainement de résister; mais l'indignation de se voir vendues comme un vil bétail ne pouvait balancer dans l'âme des populations la haine de la domination génoise. Il fut donc facile à M. de Marbeuf, gouverneur de l'île, de se faire remettre une partie des places occupées par les insurgés; mais des imprudences du marquis de Chauvelin, général en chef de l'expédition, et une insolente proclamation du gouverneur changèrent un moment la donne. Paoli se retrouva à la tête d'une armée considérable et il put un temps espérer vaincre les dix-mille soldats avec lesquels M. de Chauvelin ouvrait la campagne.

Cet espoir ne tarda pas à être déçu. Dès le début, les Français s'emparèrent de Biguglia, de Furiani, d'une partie du Nebbio; et, malgré des prodiges d'héroïsme, les Corses se virent enlever presque toutes les places importantes de l'île. Quelques avantages obtenus sur différents points, et notamment à Vescovato et à Borgo, où ils font 600 prisonniers, leur rendent un moment l'espérance. l'orgueilleux Chauvelin, qui jusque là n'avait parlé qu'avec mépris du chef de paysans qu'il devait combattre, est obligé de demander du renfort à sa cour, et ses lettres montrent un tel découragement, que le premier ministre, M. de Choiseul, qui avait à coeur la soumission de la Corse, crut devoir le rappeler.

Cinquième invasion française

Ceci se passait au mois de décembre 1768; et au commencement d'avril 1769, Paoli, apprenant que la France préparait une nouvelle expédition, ordonna une levée en masse de tous les hommes valides, depuis seize jusqu'à 60 ans. Son appel fut entendu; mais le comte de Vaux arriva dans l'île, le 30 avril 1769, avec des forces considérables.

Du 30 avril au 3 mai 1769, les deux armées ne firent que s'observer, sans tirer un seul coup de fusil. Le 3 mai, le comte de Vaux ouvrit la campagne par une décharge de toute son artillerie, puis le combat s'engagea, mais pendant toute cette journée, les deux armées gardèrent sans avantages leurs position respectives. La journée du lendemain fut plus favorable aux patriotes corses; mais celle du 5 mai leur fut désavantageuse. Paoli dut se retirer au delà du fleuve Golo, dont le passage fut héroïquement défendu pendant plusieurs jours. Repoussé ensuite jusqu'à Pontenuovo, il y perdit, le 9 mai 1769, après des efforts inouïs, la bataille de ce nom, qui mit la Corse sous la domination française.

Départ de Paoli

Paoli soutint pendant quelques temps encore une guerre de partisans dans les montagnes; mais la révolution corse avait été frappée à mort à Pontenuovo. Bientôt convaincu lui même de cette vérité, il renonça à faire couler plus lontemps en vain le sang des siens, et se rendit avec l'élite des patriotes corses à Porto-Vecchio, où ils s'embarquèrent, le 12 juin 1769, sur deux navires anglais mis à sa disposition par l'amiral Smittoy.

Après le départ de Paoli, le comte de Vaux ne rencontra plus aucun obstacle; il ordonna et parvint à faire exécuter le désarmement général des habitants; il réorganisa l'administration de la justice, et quitta la Corse avec la plus grande partie des troupes françaises. Il laissa le commandement de l'île à M. de Marbeuf.

Domination française

Révolution française

Au moment de la Révolution française, la Corse fut représentée à l'Assemblée constituante par 12 députés. Cette assemblée décréta que la Corse ferait désormais partie intégrante du territoire national français et la divisa en deux départements: le Département du Golo et le Département du Liamone.

Retour d'exil de Paoli

Paoli, en quittant la Corse, s'était rendu d'abord à Livourne, puis en Hollande et de là en Angleterre. Sur l'ininiative de Mirabeau, l'Assemblée nationale française rappela Paoli de son exil. Lafayette le présenta au roi Louis XVI qui lui conféra le grade de lieutenant-général et le commandement militaire de la Corse.

Les Corses le reçurent avec enthousiasme et l'élurent commandant de la Garde nationale et président de l'administration du département. Dès lors il forma le projet de reconquérir l'indépendance de la Corse; il convoqua une consulte nationale à Corte et s'y fit conférer les pleins pouvoirs et demanda à l'amiral anglais Hood, qui bloquait le port de Toulon, des secours pour l'aider à enlever aux garnisons françaises qui les occupaient les places de Bastia, Saint-Florent et Calvi. Les Anglais firent immédiatement passer en Corse cinq régiments commandés par le général Dundas, qui parvint à s'emparer des places les plus importantes de l'île.

Paoli convoqua alors une nouvelle Assemblée nationale; il y fit adopter une constitution, par laquelle, George III, roi d'Angleterre, était reconnu roi de Corse.

Les Anglais ne furent cependant pas longtemps maîtres de la Corse. La France y envoya le représentant Lacombe-Saint-Michel dont la première opération fut de réunir une petite armée, mais assiégé dans Bastia, il fut bientôt boligé de capituler. Il en fuit de même à Calvi, et en 1793, les partisans de la France fut expulser de Corse.

La situation changea, lorsque Napoleone Buonaparte, natif d'Ajaccio, vainqueur de l'Italie envoya son compatriote le général Gentili, à Livourne avec une division de gendarmerie. Celui donna un général de brigade Casalta qui, trompant la vigilance des croiseurs anglais, débarqua non loin de Bastia, le 20 octobre 1796. Le jour suivant, Bastia fut prise sans grande résistance. La Corse fut alors rattachée à la France.

Renaissance du nationalisme corse

Dès 1914, Saveriu Paoli et Ghjacumu Versini publient à Marseille la revue autonomiste corse A cispra.

En 1920, le patriote corse Petru Rocca fonde le journal A Muvra qui paraîtra à Ajaccio jusqu'en 1940, ainsi que le Parti Autonomiste Corse (Partitu Corsu Autonomistu).

Autres langues